Le symbolisme des couleurs: LE BLEU

Publié le par Astrella


HISTOIRE ET SYMBOLISME DES COULEURS


Comme de longs échos qui de loin se confondent,
En une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent
BAUDELAIRE



Ces vers de Baudelaire sur la nature (La nature est un temple où de vivants piliers ... ), ouvriront pour nous le thème imparti : histoire et symbolique des couleurs.
Or il n’y a pas une histoire mais des histoires de la couleur, car le symbole est par définition un signe de reconnaissance qui varie suivant les races, les pays, les civilisations, les religions... Mon propos sera donc une promenade rapide dans une approche symbolique de la couleur.

Comme des sentiers de montagne qui visent au sommet nous aborderons successivement chaque couleur.
(...)

Classiquement le Noir est l’absence de toute lumière et de toute couleur, le Blanc la totalité de la lumière et des couleurs visualisées dans l’arc-en-ciel.
 Il existe trois couleurs primitives pigmentaires : le bleu, le rouge et le jaune et trois couleurs dérivées : le vert (bleu + jaune), le violet (bleu + rouge), l’orange (rouge + jaune).
(...)

Le cycle nycthéméral : jour - nuit, lié au soleil, rythme notre vie et joue dans la symbolique des couleurs soleil levant et lumière de plus en plus vive avec des couleurs qui flamboient à midi - soleil couchant dans le rouge avec les teintes qui s’assombrissent et s’estompent le soir venu. Comme nous, nos ancêtres étaient confrontés à ce rythme et voyaient dans la nature des couleurs chatoyantes : oiseaux, poissons, ciel, pierres, papillons, eau...
Or ils se cachaient dans des grottes.
Pour transcrire leurs fantasmes ils n’avaient que du charbon noir et des terres colorées. Leroi Gouran précise bien qu’ils utilisaient du noir de manganèse et des oxydes de fer aux nombreux rouges.
Peu à peu ils ont découvert les couleurs naturelles (pigments) et les ont utilisées, mais avec quel symbolisme ?

BLEU

Le bleu est la couleur de l’azur, du ciel, donc du paradis.
Il symbolise la vérité et la sagesse divine. Les dieux sont issus de cette couleur : Osiris, Krishna, Vishnu, Bouddha, Jupiter, Zeus et Yavhé tiennent les pieds posés sur l’azur. Ce voile céleste azuré cache "l’autre côté, l’inconnu divin", c’est le manteau qui "couvre et voile la divinité". Le bleu attire l’homme vers l’infini, a écrit Kandinsky.
Dans les miniatures indiennes Krishna, Civa, Rudra... sont de couleur bleue. Dans les peintures qui représentent l’Assomption, le voile de Marie est bleu.

Mais le bleu a aussi une certaine ambivalence. Au bleu d’azur diurne succède le bleu profond nocturne tirant vers le noir.

C’est une couleur immobile, froide, incitant à la méditation et au repos orienté vers Dieu.
Au bleu de la nuit succède l’or du soleil dans l’azur, d’où le blason de la maison de France : bleu (céleste) avec trois fleurs de lys d’or (pureté divine). Il était inutile que le soleil de Louis XIV s’y ajoute, tout le symbolisme y était déjà.

Dans le combat du ciel contre la terre, le bleu et le blanc s’opposent au rouge et au vert. On les retrouve dans les couleurs des quatre factions de chars qui s’affrontaient à Byzance dans l’hippodrome. Pendant la Révolution les Bleus (chouans) s’opposent aux Rouges (républicains). Cette connotation rouge est d’ailleurs restée, diffusée sur le plan international, s’opposant aux autres couleurs...

Le bleu des turquoises est chez les Aztèques à la fois signe de sécheresse et d’incendie ; c’est aussi la pierre qui ornait la déesse du renouveau et la pierre que l’on mettait à la place du coeur d’un prince mort avant de l’incinérer.

Dans le bouddhisme tibétain le bleu est couleur de la sagesse transcendante et de la vacuité qui ouvre la voie de la libération.

Le bleu est la couleur du Yang,

La couleur de nos veines et la congestion veineuse expliquent la "peur bleue" mieux que le "sang bleu" (qui suppléait au "sang Dieu", juron condamné). "N’y voir que du bleu" = on ne voit rien car le ciel est optiquement vide.
En Allemagne "être bleu" signifie avoir perdu conscience dans l’ivresse. En France, le "bleu" est celui qui ne voit pas (vacuité du ciel), qui est naïf.

Par contre, les couleurs des chambres des morts en Égypte étaient le bleu et le jaune ; pour les Juifs la cité bleue" est le séjour d’immortalité.

En Orient le bleu conjure le mauvais sort avec des accumulations de pierres bleues (oeil de verre méditerranéen ou oeil peint sur les bateaux) ; en Occident le bleu porte chance.


J. Peyresblanques
Publié dans "Les rayonnements optiques et les couleurs : faits et effets"
Edition INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) mars 1998


Publié dans Symbolisme

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